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Les sources relatives aux associations d'étudiants aux Archives cantonales vaudoises

Introduction.
Le choix de ce sujet aux Archives cantonales vaudoises s'est imposé très rapidement pour deux raisons :
- Grande proximité géographique de l'Université située à 500 mètres des Archives ; celles-ci peuvent apparaître d'autant plus comme un centre de ressources " naturel " aux étudiants que l'accès en est aisé, et partant de là, comme un conservatoire évident de leur propre mémoire
- Repérage immédiat de plusieurs fonds de sociétés d'étudiants remis aux Archives cantonales vaudoises, laissant présager des possibilités de recherche sur la mémoire étudiante étendues.
La question qui vint à l'esprit fut : vraie richesse ?

Eléments de contexte.
Mieux connaître l'Université de Lausanne fut donc un préalable (cf. bref rappel chronologique). On observe ainsi qu'en deux siècles, le nombre des étudiants est passé de 300 à peine à 10000 (x 33), celui des groupements d'étudiants, actifs simultanément, de 10 à une cinquantaine. Reste à savoir quelle proportion d'étudiants s'implique aujourd'hui dans un mouvement associatif (85 % il y a un siècle, moitié moins aujourd'hui sachant toutefois que les adhésions sont souvent multiples pour un même individu).
La connaissance de l'existence des sociétés d'étudiants elles-mêmes s'est faite à partir des ouvrages disponibles en bibliothèque (rubrique " Ecoles, étudiants "), à partir d'annuaires téléphoniques périmés et du site Internet de l'Université. Ceci a facilité le repérage tant de sociétés anciennes que de diverses associations actuellement existantes, sachant que le caractère éphémère de maintes d'entre elles ne permet, en un survol rapide, que de donner une information indicative.
Concernant l'histoire des sociétés nées au XIXème et début XXème, la lecture de l'Histoire des sociétés d'étudiants à Lausanne d'Olivier Meuwly (1987, Université de Lausanne) s'est avérée précieuse.
Très clairement, on assiste depuis un siècle à une diversification des associations, reflet de l'extension des champs d'études, de la plus grande mobilité étudiante (y compris internationale) et des préoccupations et activités renouvelées de la jeunesse.

Sources possibles.
Les organismes patrimoniaux existants dans l'Etat de Vaud habilités à accueillir des archives, qu'ils soient publics ou privés, ont des champs d'action institutionnels ou thématiques non axés spécifiquement sur le milieu étudiant.
*Les archives sur les étudiants produites par l'administration universitaire et par les services de l'administration cantonale concernés (Enseignement, Action sociale…) sont légalement destinées à être versées aux Archives cantonales vaudoises. Des versements ont d'ailleurs lieu régulièrement.
Par ailleurs, la presse écrite, radiophonique et télévisuelle, se fait l'écho des manifestations publiques étudiantes revendicatives (Sleep-in de 1996, grève de 1997…), intellectuelles ou festives (conférences-débats, centenaire de la faculté des sciences sociales et politiques en 2003…). La conservation de ces archives de presse est assurée par les institutions productrices, éventuellement par des services d'archives comme la ville de Lausanne, et accessibles le cas échéant au public.
* Parmi les archives produites par les étudiants eux-mêmes, on distingue plusieurs cas de figure.
Ainsi, la vocation scientifique, d'une part, et la mission de Dépôt légal, d'autre part, de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne en font le lieu privilégié de collecte des travaux d'étudiants et des publications d'associations d'étudiants.
D'autres types de réalisations étudiantes essentiellement artistiques ou socio-ethnographiques (films, photos, affiches…) sont susceptibles d'être conservées par des organismes publics ou privés, mais sans que cela soit systématique.
Des archives d'étudiants sont naturellement conservées en mains privées : l'expérience prouve qu'on ne peut guère espérer voir surgir dans le domaine publiquement exploitable que celles de personnalités, dont les papiers, y compris d'anciens étudiants, sont convoités. Des pièces éparses rejoignent cependant ponctuellement les collections publiques, mais pour des périodes anciennes.
Bien sûr, manque d'information sur l'existence ou le devenir d'un fonds n'équivaut pas à absence ou déclaration de péril.
Toutefois, aujourd'hui, la plupart des associations d'étudiants sont loin de placer les archives parmi leurs sujets de préoccupation prioritaire.
Et celles qui s'en préoccupent (cf. présentation des sociétés " traditionnelles " des étudiants) n'ont de service au public que " filtré ".
Les sources disponibles aux Archives cantonales vaudoises relatives à la mémoire étudiante méritaient donc bien d'être examinées avec attention : ce sont en effet les plus nombreuses sur le sujet dans un service ouvert au public.

Analyse de la situation aux Archives cantonales vaudoises (cf. mini-guide).
A noter que n'ont pas été pris en compte la formation continue d'adultes et l'apprentissage. En revanche, l'enseignement secondaire est parfois pris en compte en raison des liens entre " gymnasiens " (= lycéens) et étudiants.
La prépondérance des archives privées relatives aux étudiants, parmi les sources exploitables aux Archives cantonales vaudoises, frappe d'emblée tant par le nombre des occurrences que par le côté " vivant " des contenus.
Partant de ce constat, deux types d'instruments de recherche ont été abondamment consultés :
- les états des fonds pour les séries P (fonds privés entrés avant 1996) et PP (fonds privés entrés depuis 1996) d'une part (listes alphabétiques et listes chronologiques),
- la base informatisée Basis/Touracv correspondant à l'enregistrement des fonds selon la norme ISAD-G d'autre part (interrogation par Mots-clés et à partir des champs "Contenu " ou " Intitulé " ). Cette base n'est pas encore accessible directement par le public.
Les informations recueillies ont été complétées par la consultation des inventaires papier existants, d'une part, des dossiers de gestion (strictement internes au service) relatifs aux contacts établis, types de conventions signées …, d'autre part.
Il en ressort en matière d'accessibilité que :
- la consultation des instruments papier est riche d'enseignement mais longue et parfois aléatoire en raison d'intitulés énigmatiques pour le non-initié et incomplète (les pièces relatives aux étudiants isolées dans un fonds de toute autre nature ne sont guère repérables). La base, de son côté, ne fournit à l'heure actuelle que des informations générales sur les fonds, à condition que ceux-ci soient inventoriés et indexés. Le balayage transversal qu'elle permet signale en revanche des pièces intéressant le sujet, éparpillées dans tous les fonds. Une réelle complémentarité des instruments papier et informatique apparaît donc.
- l'existence de fonds privés au sein des services d'archives publiques n'équivaut ici qu'insuffisamment à une possibilité d'exploitation aisée pour les usagers : en effet, plusieurs sociétés " traditionnelles " ont souhaité n'autoriser qu'au cas par cas les demandes. Des négociations sont donc en cours pour réviser notamment les conventions établies par les Archives cantonales vaudoises en 1979 avec Helvétia et Zofingue et faire valoir les devoirs du service public qui sont autant liés à la conservation du patrimoine qu'à sa communication au plus grand nombre. A noter que les fonds ont été remis en dépôt et non en don.
Sur le contenu : les associations " traditionnelles " sont très bien représentées. Inversement, les associations aujourd'hui représentatives du monde associatif étudiant le sont à peine. Certes, le service n'a pas prospecté et ne peut donc être taxé d'avoir avantagé telle ou telle catégorie. De plus, les sociétés anciennement implantées sur le campus témoignent indéniablement de la vie étudiante au XIXème et début XXème : les fonds déposés revêtent de ce fait un intérêt majeur.
Concernant la seconde moitié du XXème siécle, il s'avèrerait cependant utile, maintes associations ayant déjà disparu et les changements quasi annuels des représentants de celles qui existent faisant peser de lourds risques quant à la préservation future des archives, d'envisager une collecte : ce serait offrir aux chercheurs de demain un matériau historique plus significatif (sélection par exemple d'un fonds par faculté et par rubrique, cohérent et libre d'accès à brève échéance, soit 10 à 15 fonds).
* Il n'est sans doute pas anodin de constater que les sociétés " traditionnelles " se préoccupent de la conservation de leurs archives sur le long terme, alors que d'ores et déjà elles se sont employées à rédiger maints écrits sur leur histoire. Or, seule l'ouverture réelle des fonds permettrait une approche plus objective (ni identitaire, ni hagiographique).
* Tant d'un point de vue scientifique que déontologique, faute d'une plus grande diversification des sources, le service public pourrait servir bien involontairement de faire valoir à une catégorie d'étudiants. Le problème est que des moyens actuels limités (personnel, locaux) ne lui permettent pas d'envisager une action prospective immédiate ; parallèlement, une suspension des entrées d'archives produites par les sociétés traditionnelles serait-elle envisageable (sachant que les Anciens de ces sociétés sont souvent influents dans les milieux érudits et mondains vaudois) ?
* Une concertation avec les partenaires patrimoniaux pourrait s'avérer utile : par exemple avec la bibliothèque universitaire et cantonale - section des Archives musicales - pour s'assurer de la réception des archives d'associations spécialisées dans le domaine de la création et de la pratique musicales (au minimum par échantillon), avec la ville de Lausanne (musée historique pour les fonds photos)...

Florence Dugrillon




Florence Dugrillon, conservateur-stagiaire à l'Institut National du Patrimoine a pu étudier, lors d'une récente mission aux Archives cantonales vaudoises (Suisse), les sources relatives aux associations d'étudiants de l'Université de Lausanne.

En plus de l'étude ci-contre, vous trouverez trois annexes :

Annexe A : Université de Lausanne : chronologie sommaire

Annexe B : Université de Lausanne : liste indicative de sociétés et associations d'étudiants

Annexe C : Archives cantonales vaudoises : mini-guide des sources sur la mémoire étudiante