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FONDS RPF (Jeunes et étudiants)

(Fondation Charles de Gaulle, Paris)

La Fondation Charles de Gaulle* abrite, entre autres, depuis le début des années soixante-dix, les archives du R.P.F., et plus particulièrement pour ce qui nous intéresse, celles des jeunes et du groupement des étudiants entre 1947 et 1955. Vingt boîtes peuvent être consultées à la bibliothèque qui est ouverte du lundi au vendredi de 14h à 18h. Il est toutefois prudent de prendre contact par téléphone avant sa venue. Bien classées, ces archives sont d'un maniement aisé.

Les cinq premiers cartons sont consacrés aux jeunes du rassemblement, les trois qui suivent portent plus spécifiquement sur les étudiants (correspondances, réunions, circulaires, propagande, documentations diverses), les douze qui restent regroupent, par dossiers départementaux, l'activité des différentes sections " jeunes et étudiants " en France. Ce fonds d'archives est essentiel pour celui qui s'intéresse à l'histoire des mouvements de jeunesse et d'étudiants en France. Il a le mérite, notamment en ce qui concerne le Groupement national des étudiants R.P.F., d'être relativement complet. Souvent délaissée, au profit de la " maison-mère ", l'étude des organisations de jeunes et d'étudiants R.P.F. offre en fait au chercheur bien des réponses sur le mouvement gaulliste dans son ensemble. Si l'on ne peut le réduire à une propagande savamment orchestrée qui fait croire à une ascension fulgurante et à un enracinement profond, et rend d'autant plus spectaculaire la retombée d'une vague qui devait tout emporter, force est de constater le décalage existant entre les aspirations des principaux dirigeants et la réalité nettement moins brillante. Dès le début de l'année 1949, le groupement national des étudiants est en perte de vitesse. Etouffé idéologiquement et financièrement, abandonné des ténors du gaullisme, en proie à une organisation interne qui favorise les parisiens au détriment des provinciaux, les étudiants R.P.F. se lassent des " joies " du militantisme. Si certains parviennent au bureau national de l'U.N.E.F. en 1950, ils ne représentent déjà plus souvent qu'eux mêmes. Partout en France, les sections des étudiants R.P.F. se vident de leurs éléments les plus dynamiques. Ces archives nous enseignent que la rencontre du gaullisme avec l'opinion étudiante fut brève et tout compte fait limitée aux couches conservatrices de l'Université qui se recrutaient essentiellement dans les facultés de droit et de médecine. Jamais les gaullistes ne furent en mesure de s'imposer dans les facultés de Lettres où la concurrence communiste était forte. A Paris, en mai 1948, au plus fort de la vague gaulliste, l'intergroupe santé des étudiants R.P.F. rassemble 259 membres sur les 400 étudiants gaullistes de la capitale. Nous sommes très loin des 4500 étudiants que revendiquait Pierre Dumas, le secrétaire général du Groupement national des étudiants R.P.F.. Ces archives permettent aussi de mieux comprendre la relation qui existe entre un parti politique et son organisation étudiante. Créée à l'initiative du premier, pour développer parmi les étudiants une action de propagande et constituer un réservoir potentiel de cadres, le groupement étudiant est dans l'étroite dépendance du parti. Les dirigeants du R.P.F. ne se posent d'ailleurs jamais la question de la spécificité du milieu étudiant tant il leur semble naturel que les étudiants qui adhèrent doivent être sur la même ligne qu'eux. Pourtant, dans bien des cas, les opinions divergent entre les plus jeunes et leurs aînés. Sans vouloir faire référence au traditionnel conflit des générations, qui n'explique que partiellement les désaccords, il faut se rendre compte que très souvent les étudiants sont plus critiques et radicaux dans leur manière de poser les problèmes. Ils entrent ainsi souvent en conflit avec le Rassemblement qui ne cherche plus alors qu'à étouffer la contestation. Dès 1947, la question sur la démocratie interne et l'autonomie des mouvements de jeunes et d'étudiants du R.P.F. est posée et provoque les premières crises. Sur l'équipe fondatrice du Groupement national des étudiants R.P.F. composée de Maffragi, Galabert, Laloy et Dumas, les trois premiers ont déjà donné leur démission à la fin de l'année en désaccord avec les conceptions et les orientations du mouvement! Enfin, dans la perspective d'une histoire politique qui emprunte de plus en plus les chemins culturels, ces archives permettent de retrouver les itinéraires de jeunesse de nombreux cadres du mouvement gaulliste, de mieux comprendre aussi comment ce type d'organisation a pu constituer un lieu de formation, voire d'acculturation à la vie politique. Il faut en fait de longues années pour faire un dirigeant national. Rares sont alors ceux qui n'ont aucun passé militant de jeunesse. Sans exagérer l'importance de telles structures, force est de constater que la politique rejoint la biologie pour nier l'existence des générations spontanées. Aussi, toute plongée dans les papiers des jeunes et des étudiants R.P.F. entreposés à la Fondation Charles de Gaulle, se solde-t-elle par une moisson de futurs députés, ministres, ou responsables souvent encore en activité aujourd'hui. Tous ne sont d'ailleurs pas restés fidèles à leur engagement de jeunesse. Nous pouvons citer, sans prétendre à l'exhaustivité les noms de Pierre Dumas, Robert Poujade, Claude-Gérard Marcus, Pierre Bas, Jacques Marette, Lucien Neuwirth, Jacques de Rocca Serra, Jean de Préaumont, Jean-Claude Dalbos, Jean Tibéri, Jacques Dominati. Plus de 10% des cadres étudiants du R.P.F., entre 1947 et 1955, ont probablement eu un destin politique. Il est évident qu'en dépit d'un déclin rapide le Groupement national des étudiants R.P.F. laisse dans l'histoire politique et culturelle de notre pays un sillon remarquable.

Didier Fischer.

* Fondation Charles de Gaulle, 5 rue Solférino, 75007 Paris Tel. 01.44.18.66.77. (ambiance feutrée, excellent accueil!)