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FONDS
Pierre AVRIL
(Archives
d'Histoire Contemporaine, Centre d'Histoire de l'Europe du Vingtième
Siècle /FNSP, Paris)
Un
carton des archives de Pierre Avril, entreposées au Centre d'histoire
de l'Europe du Vingtième Siècle (FNSP) , est entièrement consacré
aux jeunesses radicales et aux étudiants radicaux. Ces papiers sont
particulièrement précieux pour qui s'intéresse au monde étudiant.
Ils comportent notamment les statuts des Jeunesses radicales socialistes
(JRS), de l'Association parisienne des étudiants radicaux (APER),
ainsi d'ailleurs que ceux de la Fédération nationale des étudiants
radicaux (FNER). Parmi un ensemble assez varié de documents (notes,
déclarations, correspondances) figurent encore une liste nominative
des adhérents de l'APER (1955-1956) de 157 noms accompagnée d'un
additif de 20 noms. Nous ne serions pas complet si nous n'ajoutions
la lettre de soutien du 1er juin 1957 des étudiants radicaux à Pierre
Mendès France qui vient de démissionner de la première vice-présidence
du Parti radical. Elle est signée par 204 étudiants parmi lesquels
figure une majorité étudiants parisiens, à laquelle se joignent
des étudiants bordelais, lyonnais, strasbourgeois, nancéens... Outre
l'intérêt prosopographique évident de ces archives, elles permettent
surtout de mieux comprendre la relation souvent conflictuelle qui
existait entre le Parti radical et ses étudiants, de cerner assez
précisément l'aspect étudiant de la tentative avortée de revitalisation
du radicalisme qui fut entreprise au milieu des années cinquante
autour de la personnalité de Pierre Mendès France, et de mesurer
l'influence radicale en milieu étudiant indissociable du mendésisme.
Entre 1954 et 1958, l'organisation des étudiants radicaux recoupe
deux plans distincts: le plan national avec la FNER et le plan local
dont l'APER à Paris est probablement le meilleur exemple. Il semble
à la lecture des papiers Avril que l'organisation nationale ait
eu quelque difficulté à exister. Tout d'abord la distinction entre
les JRS et les étudiants radicaux est bien floue. Les mêmes dirigeants
sont à la fois responsables des JRS et des étudiants radicaux. Pierre
Avril, secrétaire général des JRS, est aussi à partir du 1er mars
1956, président de la FNER . Ensuite, la réorganisation des jeunesses
du parti radical entreprise par Pierre Mendès France et son équipe
marque très vite le pas. Pierre Avril souligne en février1956 sa
lenteur. Il lui paraît alors indispensable de redonner vie à une
Fédération nationale des étudiants radicaux. Une organisation dont
il définit le rôle en étroite relation avec le Parti radical : "
Cette Fédération nationale devra se faire l'interprète des étudiants
auprès des organismes directeurs du Parti, elle coordonnera les
activités des associations régionales et favorisera notre propagande
dans les milieux universitaires grâce à la reconnaissance officielle
que nous allons solliciter du Bureau du Parti " . Au plan local,
et pour la même période, il existe dans les grandes villes universitaires
des associations d'étudiants radicaux. Il est pourtant difficile,
à l'exception de l'association parisienne, de percevoir très précisément
leurs activités. En effet, les papiers Avril font la part belle
à l'APER et laissent ainsi supposer qu'elle fut de toutes la plus
dynamique. En 1956, environ deux cents étudiants parisiens devaient
en être membres. Ils se répartissaient en section de faculté ou
d'école : I.E.P., Droit, Médecine, Lettres, E.N.S. . En 1956, à
l'initiative du nouveau président Lionel Latty, se constituent à
l'APER dix groupes de travail en lien étroit avec le parti radical.
Mais, comme c'est souvent le cas, les aînés se méfient des cadets
étudiants et ils les cantonnent dans les tâches militantes qu'ils
ne souhaitent pas eux-mêmes assumer. Assurer, lors des congrès du
Parti, le service d'ordre a ses limites. En fait, à l'exception
de Pierre Mendès France, les questions universitaires n'intéressent
guère les principaux dirigeants radicaux. La réorganisation du pôle
radical, la conception des rapports entre le parti et ses organisations
de jeunesse et étudiante n'ont rien d'original. Pourtant, cela ne
serait rien si n'avait pas éclaté au plein jour, dès le mois d'avril
1956, une divergence profonde entre une partie des parlementaires
radicaux et la direction de la F.N.E.R. sur la question de la guerre
d'Algérie. Les étudiants radicaux s'interrogent sur les conditions
de la guerre et sur les sacrifices qui sont demandés aux jeunes,
obligés d'aller faire leur service militaire en Algérie. Cette attitude
passe auprès des parlementaires du Parti qui soutiennent l'action
de Guy Mollet comme une remise en cause inacceptable de la politique
algérienne dont ils sont solidaires, et par leurs camarades de parti
au gouvernement, responsables. Pierre Avril n'hésite pas à écrire
au responsable du groupe des députés radicaux, qui a attaqué l'attitude
des étudiants, que ces derniers estiment au regard de l'histoire
avoir un droit au libre arbitre : " Les gens de ma génération ont
entendu les proclamations claironnantes des hommes de droite (et
de quelques autres) au sujet de l'Indochine. Ils savent où cela
s'est terminé. C'est par la complexité du silence et de la pseudo
unanimité que nous avons été conduits à Dien Bien Phu. Si aujourd'hui
nous ne mettons pas en cause les renforts nécessaires, nous estimons
avoir le droit de juger de la conduite de cette guerre et de discuter
des aspects politiques pour savoir où nous allons et ce que font
nos représentants au Parlement et au Gouvernement. Les jeunes se
refusent aujourd'hui au bourrage de crâne, fût-il cautionné par
nos amis politiques. Ils sont citoyens majeurs d'une libre république
et entendent demeurer maîtres de leur destin " . Il est indéniable
que l'opération de revitalisation du Parti radical à laquelle se
livrent Pierre Mendès France et son entourage trouve un certain
écho auprès des étudiants. Entre 1954 et 1956, le nombre d'étudiants
radicaux a probablement été multipliés par dix. Cela nécessite,
par exemple à l'APER, de repenser la communication à usage externe.
Régis Paranque, dans une lettre à l'intention des militants, s'en
explique : " (...) notre groupe étant maintenant particulièrement
nombreux, il nous est apparu nécessaire de déterminer une procédure
rapide permettant, lorsque la gravité d'un événement exige une prise
de position immédiate de ne pas attendre la prochaine réunion "
. De la même manière, les étudiants radicaux entretiennent d'excellentes
relations avec l'UNEF. Certains sont membres des AGE et quelques
uns appartiennent au bureau national de l'organisation syndicale
étudiante. Pourtant, il semble clair que c'est moins le parti radical
que la personnalité de Pierre Mendès France qui séduit les étudiants.
Les dirigeants des étudiants radicaux sont souvent obligés de rappeler
que l'on doit être membre du parti radical pour adhérer à l'APER
. Ainsi l'influence radicale en milieu étudiant entre 1954 et 1958
s'efface-t-elle derrière le mendésisme, et c'est en partie ce qui
explique qu'elle ait été sans lendemain.
Didier
Fischer.
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