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Colloque
" Institution universitaire & mouvements étudiants : entre intégration
et rupture (XX° siècle) " (janvier 2004)
Appel à contributions
Lorsqu'il est
question du rapport qu'entretiennent institution universitaire et
mouvements étudiants, deux pôles ont spontanément tendance à se
dessiner, l'un autour de la notion de "participation", tirant du
côté de l'institution, l'autre attirant les mouvements étudiants
du côté du refus et de la violence au sens large, verbale et langagière
ou physique à l'extrême. Sous cette vision un peu convenue, sinon
manichéenne, qui régit traditionnellement la perception commune
des moments de tension qui agitent plus ou moins régulièrement la
vie des établissements d'enseignement supérieur, transparaît insensiblement
et presque "naturellement", pourrait-on dire, l'idée d' "instrumentalisation"
et de "récupération". Car enfin, que reste-t-il (superficiellement)
au soir d'un mouvement finissant dans l'esprit de ses acteurs, quels
qu'ils soient, sauf cette sempiternelle question : qui a instrumentalisé
qui et à qui a profité le "crime" ? Bref, qui récupère qui ? Mais,
à bien y regarder, cette vision spontanée est bien entendu trompeuse,
partielle et partiale (et d'ailleurs souvent portée par les médias
ces dernières années). Le réel est comme il se doit bien plus complexe.
Et c'est précisément à ce réel, complexe sinon contradictoire, que
nous souhaitons nous confronter à l'occasion de ce colloque, en
bénéficiant du luxe du recul du temps et du temps d'en débattre.
Nous proposons, de manière non-exhaustive, plusieurs angles d'attaque
pour commencer à tirer au clair cette articulation complexe…
Le jeu des acteurs.
Au sein de l'université, diverses catégories d'acteurs se trouvent
rassemblées : étudiants, enseignants, administration, autorités
universitaires. Au nom des intérêts généraux, chacune de ces composantes
de la "communauté universitaire" est amenée à défendre des intérêts
particuliers certes, mais en mobilisant les ressources dont elle
dispose. Dans ce cadre, les institutions de l'Institution deviennent
ainsi un enjeu : du dehors ou du dedans (et parfois dehors et dedans)
la pression est (de) mise pour en obtenir des décisions favorables,
en freinant certaines mesures ou en permettant l'accélération d'autres.
Les étudiants, par exemple - et cela les distingue des autres catégories
(enseignants, ATOSS) -, pèsent du poids du nombre, du moins durant
la période de cours. En revanche, l'administration universitaire
dispose de l'autorité de l'Institution, de ses moyens matériels
et humains, d'une permanence et d'une continuité certaines. Si certaines
règles du jeu sont clairement énoncées et inscrites dans le droit
(loi Faure, loi Savary, etc.), en réalité d'autres logiques sont
mises en oeuvre. Aussi, le poids du nombre permet-il à des mouvements
étudiants de refuser les règles du jeu (boycott des conseils) au
nom d'une légitimité alternative (assemblées, commissions, comités,
coordinations), et, à d'autres moments, de rentrer dans le jeu,
soit pour en transformer les règles de l'intérieur ("participation
critique"), soit en s'y conformant purement et simplement. De même,
le corps enseignant et/ ou les autorités universitaires peuvent,
en certaines occasions, se cambrer sur leurs logiques de position,
ou encore connaître des divisions et/ ou dégager une certaine convergence
d'intérêts avec d'autres membres de la " communauté universitaire
".
Les jeux entre acteurs.
Par-delà le jeu de chacun des acteurs sur la scène universitaire,
il s'agirait de commencer à brosser un panorama des combinaisons
possibles entre ces acteurs : quels scénarios possibles ? quelles
stratégies dans ce théâtre des opérations ? Sans exclusive, certaines
configurations pourraient apparaître comme " idéales-typiques "
: intégration/ participation, exclusion/ répression/ violence, négociation/
revendication. Mais, chacune est à réinterroger.
La participation étudiante est à analyser dans la variété des séquences
historiques et des terrains institutionnels, géographiques et culturels.
On sera notamment attentif aux études des expérimentations périphériques
et/ ou avortées, avec les Décrets Capitant, les œuvres et cités
universitaires et la mutualité étudiante ainsi qu'aux premiers pas
de la généralisation du modèle participatif avec la loi Faure et
à son évolution contemporaine. Et tout cela ne pourra qu'être enrichi
par d'autres études de cas prenant pour cadres d'autres pays et
cultures universitaires.
Lorsque la violence, notamment physique, collective, voire institutionnelle,
émerge dans le champ universitaire, elle apparaît comme l'anti-thèse
ou plutôt la somme restante et non réglée (la " part maudite " ?
!) de cette dialectique : refus de l'institution (universitaire
ou autre), pour les mouvements étudiants, incapacité (ou impossibilité
?) à intégrer ces acteurs étudiants pour les responsables de l'Institution.
La configuration revendicative (allant d'une grève, d'une manifestation
à une réunion publique ou à une intervention tribunicienne dans
le cadre
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d'élections
étudiantes ; souvent à l'occasion de " réformes ", Fouchet, premier
et second cycles, Savary, Devaquet, rapport Laurent, etc…) est un
moment privilégié de l'exacerbation des contradictions entre mouvements
et Institution, révélant les stratégies de gestion des conflits
mises en place par les instances de " gouvernement " des universités
(présidences, ministères, mais aussi organismes tels que la CPU,
cf. mouvement de novembre-décembre 1995) et les différentes stratégies
revendicatives étudiantes (lutte comme détonateur/ révélateur, sacralisation
de la revendication, syndicalisme de négociation).
Les registres d'énonciation des acteurs.
Le mode d'expression de ces positions et combinaisons d'acteurs
sera une autre piste de travail. La typologie des discours des responsables
de l'Institution sera à disséquer, de la tradition académique à
une adaptation universitaire du modèle gestionnaire managérial.
Les revendications estudiantines, qui naissent et s'expriment dans
l'enceinte universitaire et donc interpellent de fait cette institution,
portent en elles une certaine vision du système universitaire (fonctionnement,
missions, pédagogie, moyens, préparation à la vie active…). Ces
tentatives d'objectivation font ou non appel à des références intellectuelles
et politiques plus larges, aux acquis des recherches en sciences
humaines lorsqu'ils existent, aux différentes expertises disponibles
sur un marché du savoir, ou au contraire, sont le fruit du " mouvement
" lui même, fécondant les savoirs et faisant émerger des experts
(et dans quelles conditions), et sont ainsi susceptibles d'influencer,
au-delà de leurs revendications spécifiques, des courants de recherche
ou de pensée.
Le rapport des mouvements étudiants aux "professions",
à l'institution.
Au-delà de la simple proclamation idéologique qui a pu par
exemple poser l'identité de conditions et de combats entre étudiants
et ouvriers, il s'agirait plutôt d'aller voir plus sérieusement
ce que ces visions idéologiques des acteurs supposent et disent
d'une condition, au-delà de la littéralité des identités proclamées
(et probablement rêvées et fantasmées, mais là n'est pas tout à
fait la question). Il s'agirait en fait de prendre au sérieux ces
proclamations (parfois fantaisistes), sur le fond et sur la forme,
pour mieux voir ce qu'elles peuvent dire par exemple d'une perspective
du déclassement, d'un rapport plus général à un destin "professionnel"
potentiel, des trajectoires empruntées par les aînés directs, des
inégalités latentes de condition... Ce faisant, il serait également
intéressant de mieux comprendre comment ces revendications et ces
mots d'ordre mêlent à la fois une perception spontanée du devenir
"professionnel" et des trajectoires, et des tentatives embryonnaires
et partielles d'objectivation d'une situation professionnelle potentielle.
On pourrait aussi se demander quelle est la force, quelle est la
vigueur d'un mouvement étudiant s'il ne porte pas avec lui un projet
de réforme et de refonte du monde professionnel qu'il précède et
auquel il prépare. Il pourrait alors être par exemple question d'adhésion
ou de refus à un corps et à l'"esprit" au sens large qui le caractérise.
La lecture de ces projets réformistes ou révolutionnaires, c'est
selon, sera probablement plus aisée à mener dans le cas des "grandes
écoles" ou des cursus à divers titres "professionnalisants", universitaires
ou non, même s'il y a aussi eu par le passé dans les filières universitaires
dites "générales" de tels projets et de telles visions portées par
des mouvements étudiants. Il n'est qu'à rappeler les célèbres textes
sur "Nanterre ou les oies gavées" ou "Pourquoi des sociologues ?"
pour se souvenir que l'Université ne fut pas toujours traversée
par des mouvements souvent - superficiellement - qualifiés de "frileux",
cherchant à défendre des situations de fait et des acquis plutôt
qu'à proposer.
Si l'on définit la "jeunesse" comme l'âge du passage de l'école
à la vie professionnelle, plus particulièrement comme le passage
d'une position scolaire connue à une position sociale potentielle,
se dessinerait alors en filigrane, à travers cet axe de réflexion,
un tableau d'une partie de la "jeunesse" à divers moments de sa
position relative au sein du corps social et de son rapport aux
institutions.
Les bornes chronologiques de ce colloque se veulent larges : c'est
tout le dernier siècle qui nous intéresse ici, certaines mises en
perspectives avec le XIX ème siècle étant nécessaires. Et, là encore,
pour chacune de ces pistes ou d'autres (à proposer), le champ géographique
et culturel reste ouvert. Les comparaisons entre cas de différents
pays sont les bienvenues. Fidèles à l'approche pluridisciplinaire
du GERME, nous proposons de faire appel à plusieurs disciplines
s'intéressant à ce champ de recherche : histoire de l'enseignement,
des institutions et des mouvements sociaux, sociologie des organisations
et de l'enseignement, sciences politiques, sciences de l'éducation,
anthropologie et ethnologie des mondes étudiant et universitaire.
Enfin, nous intégrons pleinement à nos questionnements la problématique
archivistique des sources et souhaitons que ce colloque puisse aussi
aborder, de ce point de vue, l'articulation entre mouvements étudiants
et institution universitaire.
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Vous
pouvez également consulter (et imprimer) cet appel à
contributions en PDF
Les recherches sur l'institution universitaire et celles sur les
mouvements étudiants se croisent rarement. On doit encore constater
généralement une double absence, des acteurs étudiants dans l'étude
du système universitaire, et de l'institution dans les recherches
sur le monde et les mouvements étudiants. Prolongeant et approfondissant
3 années de travail du
groupe créé par le Groupe d'Etudes et de Recherche sur les Mouvements
Etudiants (GERME) et le Centre d'histoire de l'Europe du Vingtième
Siècle (CHEVS/ FNSP) sur ce thème, entretenant un échange permanent
entre chercheurs et acteurs, anciens et actuels, le GERME se propose
d'y consacrer son 9° colloque. Ce colloque, co-organisé avec le
CHEVS, se veut une première confrontation de recherches en cours.
Confrontation de celles-ci entre elles, confrontations de ces recherches
-sur des domaines encore en friche- aux spécialistes de domaines
limitrophes déjà explorés. Préparé par un appel à contributions
(ci-contre) et leur échange préalable, ce colloque sera organisé
autour de séances permettant l'exposé des différents points de vues,
puis un débat avec des " discutants ".
Comité scientifique d'organisation :
Sophie Charnavel, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder,
Jean-Louis Violeau.
Comité de parrainage (en cours de constitution).
Echéancier :
Date limite pour la proposition de communications (résumés) : 30
mai 2003. Date de la première notification aux auteurs : 31 juin
2003.
Date limite des contributions (textes définitifs) : 15 septembre
2003.
Modalités pratiques pour proposition une communication :
Les auteurs adressent, sous forme de document électronique (format
RTF, Rich Texte Format), un résumé n'excédant pas 5000 signes et
précisant le sujet envisagé, la méthodologie et l'angle d'attaque
adoptés à l'adresse suivante : colloque@germe.info.
Contact : groupe@germe.info.
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