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Olivier SPITAKIS, Tout sur la MNEF, Paris, Edit. N° 1, 2000.
Laissons
de côté une bonne partie concernant le dossier "affaires", en soulignant
que Spitakis a un argument fort, puisqu'il se situe dans le cadre
du fonctionnement d'une entreprise privée dans une période de "restructurations"
du secteur public ou la frontière public/privé se déplace vers le
second pôle. Et de ce point de vue, effectivement, il se comporte
comme n'importe quel chef d'entreprise : recrutant son personnel
parmi ses connaissances qu'il estime les plus compétentes, comparant
son salaire avec celui de ses autres homologues, investissant pour
améliorer la situation financière de l'entreprise. De telles pratiques
"sont banales dans le monde de l'entreprise dont fait partie celui
des sociétés mutualistes. Nul n'est censé ignorer la loi, et encore
moins celle du marché" (p.17) Rajoutons que nul n'est obligé de
s'y plier sans tenter de la combattre. Mais il y a effectivement
tartufferie quand certains reprochent des dérives qu'ils ont eux-mêmes
encouragées, couvertes, voire pratiquent dans leurs propres entreprises,
fussent-elles également des mutuelles. Tout ceci ne fait que rendre
urgente la réflexion sur la manière dont le pouvoir peut être effectivement
exercé par les mandants (sociétaires, adhérents et conseils d'administration)
sur des organismes dont la gestion est confiée à des directeurs.
Car, nous nous permettons d'insister, de l'absence de contrôle démocratique
naissent secrets, et donc les conditions propices au passage de
phénomènes sociologiques (bureaucratie, népotisme, clanisme) à l'infraction
(abus de pouvoir, de biens....).
Nous choisissons, ainsi que nous le ferons pour les deux autres
livres, de nous en tenir à la dimension plus politique. Olivier
Spitakis se considère partie prenante d'une "génération MNEF-UNEF
(...) qui a restructuré le milieu étudiant en refondant l'UNEF".
Mais on sent bien à la lecture de l'ouvrage que, pour l'auteur,
la MNEF (et son directeur général sortant) devait être au centre
du mouvement étudiant, qu'elle "devienne une fois pour toutes la
maison commune de tous les étudiants". La MNEF entendait, par exemple,
quasiment se substituer (mais avec leur soutien) à un syndicalisme
de services (p.80), laissant en fait aux syndicats la dimension
presque exclusivement revendicative. Interlocuteur unique des pouvoirs
publics en matière de jeunesse, comme lors de la mobilisation contre
le CIP en 1994 sous le gouvernement Balladur (et sur la "carte jeunes"),
il y a cette ambition, qui fait naître une forte confusion entre
syndicat et mutuelle, et que l'on voit dès les premières pages :
"au delà de mes proches ou de moi-même, c'est l'avenir de la mutualité
étudiante qui est en cause. Après Mai 68, qui en fut la première,
voici la deuxième mort du syndicalisme étudiant". Curieuse vision
que celle de Mai 68, comme celle du syndicalisme étudiant qui a
pourtant pré-existé à la mutuelle (puisqu'il l'a fondée). Il est
vrai - toute une série de pages le confirme - que la mutuelle disposait
de moyens de pression sur les courants et les syndicats étudiants
au point de peser sur le changement de majorité de l'UNEF-ID en
1994, pour ne pas laisser l'UNEF aux rocardiens (p.94).
Une des explications les plus surprenantes des problèmes qui vont
toucher la direction de la mutuelle c'est "la chute du mur de Berlin
(comme) début des ennuis" (titre du chapitre p.85). La fin de la
guerre froide aurait enlevé toute utilité, malgré (et grâce) "aux
combats menés par toute une génération violemment anti-stalinienne
", à la MNEF qui était auparavant "destinée à maintenir un pôle
de stabilité dans la jeunesse susceptible de compenser l'influence
du parti communiste". Enfin, Spitakis confirme bien le tournant
de 86 (moment où la majorité de l'UNEF-ID passe de l'OCI au PS)
puisqu'il n'y aura plus de "tendance MNEF/PS dans l'UNEF (...) de
fait elle n'a plus de raison d'être".
Evidemment, la mémoire est trompeuse et il est clair que ce n'est
pas en prison qu'on dispose d'une documentation permettant de tout
vérifier, et qu'il faut parfois se contenter de s'inspirer de l'enquête
du Monde (notamment en ce qui concerne le "Yalta" de janvier 1979).
On se demande néanmoins pourquoi disparaissent, de cette réunion
au siège de FO (et à laquelle Spitakis ne participait pas même si
on a l'impression qu'il y est), Serge Lagauche, et Jean-Marie Leguen
(p.62). Dans la même veine, la tendance à noircir le tableau de
la mutuelle avant l'arrivée du sauveur est humaine. Mais de là à
voir des trotskystes à la direction de la MNEF en 1969, sous la
présidence de Christian Blanc, comme à détecter en 1979/1980, "différentes
mouvances d'ultra-gauche au bureau national" qu'il faudra "aiguiller
vers la création d'une force syndicale tant souhaitée (l'UNEF ID)",
on a du mal a détecter, dans nos listes des BN de la MNEF de l'époque,
de tels "ultras". Il y aurait beaucoup d'anecdotes à commenter,
je me contenterai de celle concernant le 3ème cycle d'économie sociale
du Mans, dans lequel étaient inscrits nombre de dirigeants de la
MNEF et même de l'UNEF-ID. Le livre (p.50) le présente comme une
"innovation" et une reconnaissance de l'économie sociale, alors
que l'interprétation - mal intentionnée évidemment puisque émanant
à l'époque de minoritaires - pouvait être celle d'une simple mesure
pour favoriser l'obtention de diplômes, par la patrie reconnaissante,
à des syndicalistes et mutualistes reconnus. Quoi qu'il en soit,
Spitakis nous livre son sentiment : "cela fait toujours une drôle
d'impression de voir certains enseignants vous demander lors des
examens oraux : notez-vous, vous êtes mieux à même que nous de juger
: vous vous pratiquez". Le livre n'écarte pas des piques et des
jugements personnels sans que les divergences, conflits et éloignements
ne soient expliqués. Ainsi, c'est sur un ton très "paternel" qu'il
s'inquiète (p.71) du "traumatisme" qu'aurait entraîné pour Cambadélis
sa rupture avec le PCI, difficile arrachement à ce "qui avait fait
sa jeunesse", là où nous voyons un choix politique. Il en est de
même à propos d'autres personnes.
Enfin, le critère d'insertion dans la liste des "anciens responsables
de la MNEF" (annexe 3) est très flou. Certains n'y ont que leur
nom sans précisions, il y des membres du CA ou du BN, mais aussi
de sections locales. Je remarque deux absents : tout d'abord Charles
LEBERT, artisan de la naissance de la sécurité sociale étudiante
et de la MNEF en 1948, ensuite Pierre SICART qui dirigea la FSEF
(fondation santé) avant que Spitakis ne lui succède. Et pourtant,
ils figurent tous deux dans le "dictionnaire des 50 ans". Le mystère
demeure, mais ces lapsus sont comme tous les actes manqués... des
actes réussis, dont on attend néanmoins l'explication.
Robi
Morder
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