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Gilles
MOREAU (coordonné par), Les patrons, l'Etat et la formation des
jeunes, La dispute, Paris, 2002.
Comme le souligne dans son introduction Gilles
Moreau, "les historiens nous apprennent que ces transformations
récentes ne sont pas nouvelles (…) elles rejouent, sur le theatre
contemporain, en habits d'aujourd'hui, une pièce aussi ancienne
que l'enseignement professionnel lui-meme, celles des rapports complexes
et souvent conflictuels que n'ont jamais cessé d'entretenir à son
propos l'école et l'entreprise". Nous ne saurions rester indifférents
à la question de la formation professionnelle et de "l'insertion",
question qui est au cœur le plus souvent - que ce soit de manière
formulée ou, au contraire, latente - des mobilisations de la jeunesse
scolarisée sur les questions de "sélection", de "dévaluation des
diplomes", etc… L'intérêt de cet ouvrage collectif (Catherine AGULHON,
Christian BAUDELOT, Stéphane BEAUD, Jean-Pierre BRIAND, Guy BRUCY,
Pascal CAILLAUD, Henri ECKERT, Nathalie FRIGUEL, Prisca KERGOAT,
Fabienne MAILLARD, Gilles MOREAU? Antoine PROST, André D. ROBERT,
Marc SUTEAU, Daniel TACAILLE, Lucie TANGUY, Anne THEBAUD6MONY, Vincent
TROGER), c'est qu'il examine sous différents aspects (et pour diverses
périodes) la manière dont l'Etat a été investi par les organisations
ouvrières de défendre la formation professionnelle - au travers
de l'enseignement public, de diplomes à valeur nationale et reconnus
- face au(x) patronat(s), plutot soucieux de rentabilité immédiate.
L'affrontement n'est pas nouveau entre les deux conceptions, qui
se dénigrent parfois outrageusement : les diplomes seraient pour
les uns "bidons", les connaissances scolaires "inutiles", tandis
que pour d'autres la formation sur le tas, y compris apprentissage
et stages seraient une surexploitation systématique. Nous avons
vu, dans les manifestations étudiantes et lycéennes ces dernières
décennies, la dénonciation des "stages-bidon", de la soumission
de l'école au marché et au patronat, mobilisations qui se plaçaient
sous la bannière de l'indépendance de l'enseignement. Mais nous
avons aussi rencontré parmi les acteurs étudiants et lycéens un
discours de dénonciation d'une école coupée de la vie réelle (par
exemple dans les "années 68"), discours qui a pu etre repris à leur
profit par une partie du patronat mais aussi par les autorités administratives
et politiques. La multiplication des stages en est une preuve manifeste.
Les formes du conflit ont néanmoins connu une profonde tansformation.
Par exemple, l'allongement de la scolarité, la création de nouveaux
diplomes tels le BEP, les Bac Pro (voir contribution d'Antoine Prost),
ou l'extension de l'apprentissage dans l'enseignement supérieur
(Prisca Kergoat). La possibilité d'ouverture concorde avec l'aspiration
des couches populaires à des études générales longues qui apparaissent
aussi bien de promotion que protectrices face au chomage alors que
- effet pervers - des filières sélectives (IUT par exemple) laissent
sur le carreau les publics qu'ils étaient censés accueillir. Vincent
Troger souligne la perte du "ciment identitaire" qui existait dans
l'enseignement professionnel face à la multiplication des diplomes
(CAP - BEP - BTS - DUT….), et à la "dilution" dans le système scolaire
général Il est vrai qu'entre allongement de la scolarité d'une part
et développement de l'apprentissage de l'autre, il y a t'il encore
place - comme ce fut le cas dans les années 70 - à un mouvement
spécifique du "technique"? En mai 68, s'étaient multiplié les CAET
(Comités d'action de l'enseignement technique). En 1973 et dans
les années qui suivent, il y a des coordinations du technique -
puis des organisations ("Ceux du Technique", CP-CET puis CP-LEP)
- distinctes des lycées généraux. Durant toutes les années 1970,
des grèves annuelles touchaient les IUT en février pour la reconnaissance
des diplomes dans les conventions collectives. Avec la massification
consécutive aux années 1980 et à l'objectif des "80% au niveau bac",
il semble bien y avoir eu "dilution" de cette spécificité du technique.
Mais on pourrait considérer qu'avec la massification, il y a eu
"contagion", car finalement les mouvements étudiants et lycéens
vont en partie adopter les revendications "professionnelles et les
formes d'expression, alors que les "héritiers" recherchent d'autres
filières de distinction. La définition des programmes, l'organisation
des cursus et des stages, les projections dans l'avenir, comptent
dans les conditions de vie et d'étude des jeunes scolarisés, et
pour leurs mobilisations. De telles recherches ne peuvent en conséquence
nous laisser indifférents.
Robi
Morder
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