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Droit
prospectif, revue de la recherche juridique
Cette
revue, publiée par la faculté de droit et de sciences-politiques
d'Aix-Marseille, nous offre dans sa livraison du 2ème trimestre
1997 (Vol XXII - 69) un article de Christiane Derobert Ratel qui
intéressera les "dix-neuvièmistes" puisqu'il s'agit d'une étude
sur des "aspects de la vie des étudiants en droit aixois dans la
première moitié du dix-neuvième siècle". L'Université d'Aix est
ancienne : elle est fondée en 1409 - et fermée en 1793. L'Ecole
de droit d'Aix est ouverte en 1804 et connaît une progression rapide
de ses effectifs (passant de 66 inscrits à 276 en 1850). En effet
"l'étude du droit n'est plus seulement comme autrefois une préparation
obligée à certaines professions, elle est devenue un complément
nécessaire d'instruction pour quiconque aspire à servir utilement
son pays dans les carrières civiles". 3 000 fiches biographiques
subsistant donnent des renseignements sur l'origine géographique
des étudiants de 1820 à 1850. On constate le passage d'un recrutement
local à un recrutement géographique plus élargi (dû à la fois au
chemin de fer et à la bonne réputation de la faculté). Quant à l'origine
sociale, elle est plutôt aisée (on trouve un seul agriculteur dans
les fiches). Les distractions et la sociabilité sont une parade
face à la morosité de la vie étudiante dans la bonne ville d'Aix
: amourettes (peu d'étudiants mariés), bals, promenades dans les
environs, poésie et littérature, théâtre, lecture (en bibliothèque
ou de manière plus sociable au cabinet de lecture mais aussi cafés
font les distractions. La sociabilité étudiante se heurte à l'interdiction
de toute société étudiante deplus de 20 personnes, aggravée par
l'interdiction totale d'association pour les étudiants. Il leur
est interdit "d'agir ou d'écrire en nom collectif". A de nombreuses
reprises les étudiants tenteront d'enfreindre cet interdit. En mars
1818, ils fondent une association et "nomment des syndics pour les
représenter". En 1831, ils tentent de contourner l'interdiction
en proposant de créer une compagnie distincte au sein de la Garde
Nationale. En 1843, ils forment une société philarmonique de 17
personnes (autorisée) mais aussitôt s'abonnent à divers journaux,
se réunissent dans un café. Le recteur dissout cette société. D'autres
contournent l'interdiction en se réunissant sous le couvert de banquet,
dans une auberge... L'auteur note qu'un fort esprit de corps et
du collectif traduit leur désir d'intégration dans la société aixoise.
Dans une deuxième partie, on passe aux "turbulences étudiantes"
: irrévérences envers les professeurs, large place aux querelles
étudiants souvent marquées par les duels, mais également fréquentes
querelles avec les artisans, les militaires. Folklore qui se maintiendra
longtemps, l'assaut des maisons de prostitution, les "charivari",
les cabales au théâtre. Les vols sont aussi nombreux (un comple
pour des étudiants en droit). "toutes ces atteintes à l'ordre public
expliquent que les étudiants soient soumis à une très forte surveillance
policière". La dernière partie de l'article concerne les manifestations
d'opinions étudiantes. Les étudiants de la faculté de droit témoignent
d'une hostilité vigoureuse contre le clergé avec de nombreuses manifestations
anticléricales, et d'une politisation importante, avec des opinions
tranchées, "presque tous s'accordent dans une opposition active
au juste milieu". Ce sont les emblêmes et le chants qui permettent
d'afficher les opinions. "leur ébullition, leur enthousiasme pour
la liberté traduisent le mécontentement de la jeunesse française
de l'époque. Le coup d'Etat de 1851 va les contraindre au silence
et à la résignation pendant quelques années". Avec des annexes (tableaux,
cartes), et grâce au travail tant d'archives que de lectures de
journaux et d'oeuvres de contemporains, cet article devrait stimuler
des recherches semblables dans d'autres villes, facultés sur diverses
périodes. Droit prospectif - RJJ Presses Universitaires d'Aix-Marseille.
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