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J.W.
DEREYMEZ (Dir.), préface de François BEDARIDA, Etre jeune en France,
1939-1945, L'Harmattan (collection "mémoires du XXe s"), 2001,
352 p.
Fruit
d'un colloque tenu à Grenoble en 1997, c'est un recueil d'un grand
intérêt : toutes les questions ou presque y sont abordées à travers
les témoignages et études d'une trentaine d'auteurs (où manque pourtant
l'intervention de Marc Ferro, évoquée pourtant). Laissant de côté
le découpage suivi qui aborde successivement la jeunesse comme réalité
et représentations, puis Vichy et la jeunesse, les organisations
de jeunesse, la jeunesse et la résistance pour enfin, assez curieusement
traiter à part jeunesse et communisme, retenons deux th èmes majeurs
qui parcourent les contributions : la question de l'organisation
de la jeunesse, et celle des générations. J.W. Dereymez souligne
en introduction combien la période a constitué la " communauté d'empreinte
" décrite par Marc Bloch, d'une jeunesse à la fois réalité multiple
et éclatée (celle des camps de prisonniers de guerre, dont la moitié
a moins de vingt-sept ans, du rationnement, du STO, des organisations
collaborationnistes, qui ne sont pas oubliées) et enjeu unifié (celle
des Chantiers de Jeunesse, et de la politique de la Jeunesse du
régime de Vichy, mais aussi et par là même, de la Résistance). C'est
en effet dès l'été 1940 que Vichy s'engage dans une " politique
de la jeunesse " avec un quasi-ministère, le Secrétariat Général,
richement doté, mais auquel échappent les Chantiers tandis que les
Compagnons de France préservent leur autonomie. Au total les organisations
de jeunesse, soit antérieures et " choyées " par Vichy, soit nouvelles
et " suscitées " par le pouvoir, selon la formulation de P. Giolitto,
n'ont pourtant réuni qu'un tiers de l'ensemble des jeunes, avec
un déclin sensible dans les dernières années. L'angle générationnel
est traité principalement au sujet des jeunes et de la Résistance
: Renée Poznanski note le caractère militant, plus accentué que
chez leurs aînés, des jeunes juifs présents en France en 1939, tandis
qu'à l'inverse le thème du STO pourvoyeur de maquis est révisé à
la baisse. Olivier Wieviorka relève, phénomène peu étudié, la surreprésentation
des jeunes dans la Résistance et les maquis, alors que la Résistance
au contraire de Vichy, s'adressait assez peu à la jeunesse en tant
que telle. Mais plus que l'âge biologique, c'est l'empreinte de
l'événement qui forme la génération, d'où le nom de " génération
de la rafle " donné par Annette Wieviorka aux jeunes juifs entrés,
quels que soient leurs âges, en résistance au lendemain des rafles
de 1942. Ce qui explique le paradoxe apparent, relevé plusieurs
fois, qu'au sein des " micro-générations " résistantes, les premiers
engagés donc parfois les responsables, étaient plus jeunes que les
tard venus. Parmi les témoignages, citons celui, remarquable à tous
points de vue, de P.Broué, " des Eclaireurs de France aux Etudiants
communistes, 1940-1944 ". J.W Dereymez ouvre à l'ensemble une perspective
intéressante en supposant qu'au niveau du monde politique la période
a engendré une génération de la résistance qui se serait prolongée
au long des Trente Glorieuses dans le face à face entre gaullistes
et communistes, jusqu'à l'arrivée, autour de 1968, d'une nouvelle
génération. " Toutes les questions ou presque " ai-je écrit plus
haut : il n'en manque qu'une aux yeux d'un chercheur du GERME :
un examen du cas à part que constituait la jeunesse universitaire.
Ce sera pour d'autres études.
Alain
Monchablon
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