" Ma petite fiancée chérie,

J'espère de tout mon cœur que cette lettre te parviendra. Je vais la confier à un camarade sûr qui la fera partir après la guerre, et si moi je ne reviens pas pour te décrire mon moral, la lettre me remplacera. Demain je quitte le camp pour une destination inconnue. A l'heure où en sont les événements ce n'est pas très bon signe pour nous. Enfin, le courage et surtout la confiance règnent. Si je ne reviens pas, je ne voudrais pas que tu crois, ma petite chérie, que j'ai souffert moralement. Non. Les huit mois de prison que je viens de faire m'ont préparé à la mort et, le moment venu, j'oublierai très facilement, je crois, les choses matérielles et terrestres que nous sommes obligées d'endurer ici-bas. Je regrette et je te demande bien pardon, si cela m'arrive, de t'avoir donné tant de peine, mais pour moi, ne t'en fais pas, ne me regrette pas. Je suis le plus heureux de tous. Nous aurions pu, certes, avoir une bonne vie, mais j'ai dû laisser tout cela pour rendre service à mon pays. N'ai aucune haine, ma petite fille, contre ceux qui m'auront supprimé. Ils sont en parfait droit. Je t'avais bien souvent dit ce qui m'arriverait si j'étais pris. Je me console en me disant qu'ils ne pourront jamais me faire autant que je leur ai fait. S'ils me fusillent, qu'est-ce que la vie d'un homme contre tout ce que j'ai contribué à couler : bateaux, etc... Pas grand chose. Je suis même fier de pouvoir mourir la tête haute et pour mon Pays. Adieu, ma chérie. Sois courageuse et crois-moi heureux.

André SOUSSOTTE Radio né en 1923, à Heinx (Landes) "