" Presque 4 mois de cellule ! Depuis le 3 septembre j'ai eu le droit de vous envoyer deux cartes inter-zones, je ne sais si vous les avez reçues, n'ayant eu aucune réponse. J'ai été arrêté le 11 juillet à Bordeaux, et c'est ce matin que j'ai été jugé à Paris par le Tribunal de guerre allemand. Je suis condamné à mort ! Si tu reçois cette lettre, j'aurais été fusillé. Pourtant mon avocat a fait une demande de recours en grâce, il faut compter environ une semaine avant d'avoir une réponse, c'est le plus dur. Oncle, tu es le premier auquel j'écris parce que je te dois beaucoup de reconnaissance. Tu es un peu mon second père et je te dois beaucoup pour les deux choses que tu as su m'inculquer : la loyauté et le courage et c'est grâce à ces deux qualités que mes juges ont pu me dire après la sentence : depuis votre arrestation partout où vous êtes passé vous avez grâce à votre dignité et votre honneur, produit la meilleure impression, mais nous sommes obligés devant la loi internationale sur l'espionnage de nous incliner. Mes seules paroles furent : Je suis content d'avoir gardé l'honneur. Cher oncle, tante et cousine, je sais que vous m'aimez bien tous les trois et c'est pourquoi avant de mourir c'est à vous que je viens rendre grâce de cette ultime prière : Veillez pour moi dans toute la mesure de vos moyens sur tous ceux qui me sont si chers. Après la guerre, je vous demanderai également de transporter mon corps dans le cimetière de famille, et de temps en temps je vous demanderai de prier pour le repos de mon âme. Tante chérie, je vais te procurer une grande joie en te disant que j'ai pu me confesser et communier dans ma cellule il y a un mois et demi et je compte le faire de nouveau juste avant ma mort. C'est donc en chrétien que je vais mourir et tu peux dire que c'est en grande partie à toi que je le dois. Puisse Dieu me pardonner toutes mes fautes. Je n'ai aucune crainte de la mort, car elle n'est qu'une épreuve. Depuis mon emprisonnement je n'ai pleuré qu'une seule fois, ce fut au cours de ma confession et communion. Vous pouvez tous les trois durant votre vie rester fiers de votre petit Henri. J'ai préparé une lettre pour papa et une pour ma fiancée avec dedans le collier qu'elle m'avait donné. Que Dieu me pardonne et qu'il étende sur vous sa protection. Je vous embrasse de tout mon cœur. "