" Un mot. J'ai reçu votre lettre immédiatement, et je vous en
remercie de tout mon cœur de me souhaiter mon anniversaire,
celui de mes 21 ans, c'est-à-dire celui de la 'majorité légale
et politique'. Malgré cela, je reste envers mes parents, le
tout petit garçon qu'ils ont élevé durant 20 ans, grâce à une
somme d'efforts et de souffrances que seuls vous pouvez estimer.
Je pense qu'après tout, ce que je suis en ce moment, c'est ce
que vous m'avez fait et que je vous le dois en entière et totale
reconnaissance. Mais la date de mon anniversaire est bien proche
d'une autre, c'est celle de l'anniversaire de papa, au 18 novembre.
... Ici, depuis mon arrivée, deux nouvelles. Comme je vous l'avais
annoncé dans ma précédente lettre, depuis hier dimanche, j'ai
abandonné Artau pour prendre pension chez une vieille veuve
qui me fait faire de véritables Balthazars. Je vous en donnerai
une description dans une prochaine lettre. Autre chose, la mine
devient actuellement absolument intenable, avec la neige, le
gel et la pluie. Ce bas-fond est un marécage glacial. Et je
travaille actuellement en surface. Aussi le plus tôt possible,
j'espère en sortir. Malgré l'échec vraisemblable des demandes
de l'école, je pense pouvoir trouver autre chose, j'ai écrit
à divers endroits. Gouin, de son côté, a reçu des propositions
d'industriels de la région de Besançon. ... Mes chers parents,
excusez cette lettre si mal torchée. Je reviens de déjeuner,
j'ai trouvé mon courrier chez Mme Dumont et je pars dans un
instant pour la mine par des chemins impraticables. Je vous
embrasse bien tendrement, mes chers parents, en vous remerciant
encore de mon anniversaire. Votre fils affectueux. "