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"Je
vous écris ces quelques mots pour vous dire au revoir et
non adieu. Au moment où je vous écris vous pouvez
croire que j'ai beaucoup de peine, mais acceptez-la avec courage,
toi, papa, tu as fait la guerre, et lorsque tu es parti, tu avais
mon âge. Ne me jugez pas trop durement, car le devoir m'appelle,
et un jour, vous serez fier de moi. Tata, ne t'inquiète
pas pour moi, monte à Ascros quand même, mais monte,
car à Nice, ça va barder dans quelques jours. Nous
ne partons pas pour longtemps, nous reviendrons dès que
la situation s'éclaircira. Je vous écrirai si je
peux et vous pourrez m'écrire, vous donnerez les lettres
au porteur de celle-là, il passera régulièrement
à la maison. Mais surtout ne vous inquiétez pas.
Je ne suis pas le seul à partir. Francis, Roger et tous
les copains sont partis avec moi. Encore une fois, je vous dis
au revoir et vous quitte en vous embrassant tous les deux bien
fort. Mille caresses.
Ne croyez pas que ce soit de l'ingratitude, au contraire, mais
les chefs de la libération nous ont donné ordre
de partir. N'ébruitez pas mon départ, vous pourriez
attirer des ennuis. Dites que je suis parti à Ascros. Encore
une fois, tata, papa, c'est sérieux.
Mille caresses et mille baisers de votre fils qui vous aime et
vous estime à cette heure grave plus que jamais.
Ne me jugez pas trop durement.
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