|
|
|
DISCOURS PRONONCE PAR M° BAUMAN POUR LE 80° ANNIVERSAIRE
DE L'AFGES
(STRASBOURG, 25 OCTOBRE 2003)
Mesdames et Messieurs les Hautes Personnalités Mesdames, Mesdemoiselles,
Messieurs,
Comment, en quelques minutes, raconter une histoire qui joue sur des
décades, comment pouvoir condenser suffisamment la pensée pour cerner
l'aventure de plus d'un demi-siècle ?
Après la victoire de 1918 et la réouverture des Universités, il y avait,
dès les années 1921 -1922, une poignée d'enthousiastes qui s'efforçaient
de regrouper les étudiants.
Il n'est pas excessif de dire que le 9 février 1923 a marqué le début
d'une ère nouvelle pour les étudiants de Strasbourg : c'est ce jour-là,
en effet, qu'ils constituèrent un groupement qui les réunissait tous,
sans distinction d'aucune sorte ; pour la première fois était reconnue
l'existence d'un intérêt commun à servir et à défendre en leur seule
qualité d'étudiant ; l'idée d'une Association Générale passait dans
les faits.
On a peine à imaginer aujourd'hui ce que cette notion pouvait contenir
de hardi et de neuf en 1923. Et pourtant elle bousculait à l'époque
des habitudes établies et, partant, se heurtait à une forte résistance.
En bref, jusque là, les étudiants n'étaient nullement groupés en raison
de leurs critères professionnels et l'on ne connaissait à Strasbourg
que des cercles d'étudiants de caractère professionnel, qui envoyaient
des délégués à un Comité Central lorsqu'il s'agissait de discuter de
questions d'ordre général.
C'est ainsi que le 9 février 1923 une Assemblée Constitutive proclama,
à l'Université, la naissance de l'Association Générale des Etudiants
de Strasbourg. L'initiative était partie d'un groupe d'étudiants en
Droit qui demandait la création simultanée d'Amicales dans toutes les
Facultés : une idée féconde dont un proche avenir devait démontrer l'utilité.
Le Président du Comité Constitutif de l'A.G. (1923) était BOBTCHEFF.
En mars 1923 l'Université accueillit les bureaux de l'AG à la Gallia.
Placée sous le haut patronage de Clémenceau, Joffre, Foch la jeune association
affirme hautement son caractère représentatif dès le mois de juin de
la même année aux fêtes du centenaire de Pasteur, autour des présidents
Poincaré et Millerand.
Elle s'attaque sans tarder aux problèmes intéressant l'existence matérielle
et le sort des étudiants.
Mais, pour être vivante, l'AG devait tirer sa substance des Amicales
qui, entre temps, s'étaient constituées et prospéraient dans les diverses
Facultés.
Une réforme s'imposait : faire élire désormais le comite de l'AG par
ces Amicales directement et non plus par la masse des étudiants réunie
en Assemble Générale.
D'où la réforme de janvier 1926 dont l'essentiel fut de faire élire
désormais le Comité de l'A.G. par les délégués des Amicales.
L' A.G. unitaire fut dissoute à ce moment, sur intervention de ses propres
fondateurs et aussitôt remplacée par une A.G. de type fédératif ou A.F.G.
qui se présentait comme l'émanation des Amicales.
C'est Albert RICKLIN qui en fut le premier Président avec quelques amis
résolus, dont comme cofondateur René PAIRA qui devint Préfet du Bas-Rhin
avec entre autres personnalités le sénateur WACH et le Président PFLIMIN.
La nouvelle formule était la bonne comme le prouve la pérennité de l'
A.F.G. Celle-ci vit et prospère grâce à la sève qui lui vient des Amicales.
Le recrutement des Comités y gagne en qualité. Son caractère représentatif
est pleinement mis en valeur.
Et ce sont des pionniers qui vont bâtir de leurs mains une œuvre considérable,
qui bien que parfois ballottée au gré des vagues va merveilleusement
s'épanouir.
C'est donc, disais-je, en 1926 que l'idée généreuse prit définitivement
corps et que l'Association juridiquement officialisée par le dépôt légal
des statuts vit naître ses réussites exceptionnelles qui sont la première
Caisse de Maladie pour étudiants par décret du Président POINCARE du
26 octobre 1926, aussitôt assortie du service indispensable de Médecine
Préventive.
La naissance du centre de MORSIGLIA offrant la Corse aux étudiants avec
l'ampleur de ses constructions et leur environnement sous un ciel de
rêve.
Vint ensuite le 7 février 1927 l'acquisition par l'A.F.G pour la somme
énorme de 400000 Francs de l'époque de la " TAVERNE DE L'UNIVERSITE
"avec l'ouverture du restaurant des étudiants sous le nom de " RESTAURANT
UNIVERSITAIRE GALLIA " et son banquet inaugural le 17 février sous la
Présidence du Préfet BORROMMEE et du Recteur CHARLETY.
Plus tard, une autre Association devait voir le jour avec l'inscription
de ses statuts au Registre du Tribunal le 1er juin 1935.
Sous l'impulsion du Professeur Albert RICKLIN se créait, en effet, l'Association
des Anciens Membres du Comité de l'AFG et RICKLIN en fut le seul président
jusqu'à son décès. C'est alors que je pris sa suite.
Dans l'esprit de ses fondateurs, les Comités de l'AFG se dénouent presque
automatiquement avec la durée limitée des études supérieures de ceux
qui les composent. Chacun s'en allant fatalement vers son destin et
bien souvent quittant Strasbourg pour de lointains horizons.
Une " Association d'Anciens " pouvait constituer une sorte de relais
précieux, avec la permanence de son siège à Strasbourg et un épaulement
parfois souhaitable pour la conduite des affaires sociales, non seulement
par l'expérience acquise, mais encore par cette espèce de sagesse, assortie
de pondération, qu'apporte forcément l'âge.
Survient la tourmente de 1939, Strasbourg désert, l'Université repliée
à Clermont-Ferrand, les envahisseurs et le bombardement aérien de septembre
1943 qui laissait des traces à la façade du quai Dietrich.
A l'aube de la reconquête on retrouvait le Restaurant totalement démantelé
par l'occupant avec son " Studentenführer "en fuite.
Aux premières heures le Général LECLERC installait à la GALLIA l'état
major de la Place, puis ce furent les cérémonies d'officielle réouverture
du restaurant présidées par le Maréchal de LATTRE DE TASSIGNY , après
qu'Albert RICKLIN ait réussi, avec une patience de fourmi, à retrouver
une partie du mobilier et du matériel dispersé chez des brocanteurs
de la ville.
Et l'AFG prit son second départ et le restaurant rouvrit ses portes
aux étudiants.
Plus de six décades écoulées depuis 1945, avec leurs lumières et leurs
ombres, jusqu'en 1966 où éclatait ce qu'on est convenu d'appeler : "
l'affaire des situationnistes ".
Les situationnistes non seulement ne cachaient pas, mais encore proclamaient
au grand jour que leur ambition finale ne tentait à rien moins qu'à
la disparition de l'AFG par la voie de sa dissolution, suivie automatiquement
de sa liquidation.
La preuve de ce qui précède résultait tant des écrits des situationnistes
eux-mêmes que des convocations qu'ils envoyaient pour une Assemblée
Générale Extraordinaire le 16 décembre 1966, avec comme point unique
à l'ordre du jour : " DISSOLUTION DE L ' AFGES "
Les étudiants se seraient ainsi vus privés du patrimoine de plusieurs
générations.
Mais qui sont donc ces agresseurs qui ont déjà fait imprimer 10000 brochures
au titre ravageur " De la misère en milieu étudiant " et les ont distribuées
au cours de la rentrée solennelle de l'Université à l'automne 1966.
Mon temps de parole étant mesuré je me bornerai à vous donner la définition
du " situationnisme " au Petit Robert : " Mouvement d'avant-garde politique,
héritier du surréalisme qui s'est manifesté par des positions radicales
lors des évènements de 1968 ".
Mais je reviens à mon sujet car la résistance s'organise, délibérée,
farouche.
Je revois encore sur l'écran de mes souvenirs cette matinée froide de
décembre 1966 où à mon étude 10 présidents des plus grandes Amicales,
se concertaient avec le Président des Anciens, Albert RICKLIN et le
Conseiller Juridique de l'AFGES pour trouver une parade à cette offensive
majeure.
Et c'est ainsi que le même jour était déposée au Greffe du Tribunal
de Grande Instance de Strasbourg une requête en vue d'obtenir une ordonnance
aux fins de " citer d'extrême urgence ". Procédure rarement utilisée
mais qui permet, par une décision acquise, de plaider dans les heures
qui suivent.
Par une ordonnance du 12 décembre, sur 12 pages de texte où le magistrat
utilisait les termes les plus sévères à l'encontre de nos adversaires,
un administrateur judiciaire était désigné pour assurer le fonctionnement
de l' A.F.G.
Mais surtout l'Assemblée Générale Extraordinaire du 16 était strictement
interdite.
Toute menace était écartée, nous avions sauvé l'héritage et l'avenir
était serein.
Ainsi il y a déjà plus de 3 décades nous nous sommes retrouvés, les
Anciens et les Jeunes, merveilleusement unis, pour la défense d'une
même cause généreuse.
A cette place de Président des Anciens je salue, avec ces souvenirs
des temps héroïques tous ceux qui survivent dans nos rangs clairsemés
et aussi ceux qui ont quitté nos rivages pour s'en aller rejoindre les
champs élyséens.
Mais ma modeste farandole ressuscite images que le temps a pu dissiper
lentement dans ses volutes capricieuses tandis que le hasard bienveillant
de ces festivités permet leur restitution intacte quand, toutes générations
confondues, nous nous trouvons réunis en ce mois d'octobre 2003 dans
un même battement de cœur.
Alors, puisqu'il faut bien conclure proclamons avec fierté que se renouvelle,
se perpétue, inlassable et féconde : LA SAGA DU 1 QUAI DIETRICH.
Lucien Bauman
|
 |

Détail
de la brochure du 10ème anniversaire de l'AFGES, 1933 (Coll.
Lucien Bauman)

Lucien
Bauman, alors conseiller juridique
de l'AFG, dans la brochure du 10ème anniversaire de l'AFGES, 1933
(Coll. Lucien Bauman)
|